Changeons la société
Changer la société nécessite d’avoir une vision claire d’un modèle vers lequel nous souhaitons tendre, de confronter les idées à ce sujet, de construire un projet commun, de mettre en place une gouvernance adaptée et d’harmoniser le fonctionnement de cette société dans la durée.
Utopie irréaliste ? Pas sûr ! Je l’ai vu à l’œuvre à l’échelle de communautés de quelques dizaines de personnes et je l’ai vu commencer à se diffuser plus largement pendant les 4 jours que j’ai passés cet été 2026 au Festival des Oasis, rassemblement annuel des écolieux. Nous étions environ 600 participants dans cet évènement, la majorité vivant dans un des plus de 1600 écolieux répertoriés et servant de lieux d’habitation collectif à près de 20000 personnes en France (1). J’y ai participé à une dizaine d’ateliers et tables rondes, visité un écolieu et échangé avec de nombreux acteurs de ce monde nouveau pour moi.
Imaginons un moment que tous les terriens habitent dans des écolieux avec les pratiques alimentaires, de gestion de déchets, de déplacement et de vie collective que j’ai pu observer. Alors, probablement les crises environnementales, sociales, politiques, géopolitiques, technologiques, de trafic et de banditisme disparaitraient.
Cela semble inconcevable. Mais ne venons-nous pas de là ? Et n’allons-nous pas y revenir ? Dans la fiction (2) que je lis actuellement, le retour à la vie en tribu s’impose aux humains qui cherchent à survirve aux catastrophes de la fin du 21ème siècle que notre civilisation actuelle est en train de provoquer.
Alors, changeons la société et voyons pour cela les leçons que j’ai tirées de mon expérience.
Je vous partage ci-dessous mes notes prises pendant le festival, classées de la façon la plus cohérente possible.
Confrontons nos idées avec habileté
Résoudre un conflit entre 2 personnes ou dans un collectif nécessite de commencer par déterminer la source du conflit, puis d’utiliser la méthodologie adaptée à cette source de conflit (3).
Voici 16 lunettes de conflit : polarités, conflit de ressources, conflit d’objectif, contexte, communication, facilité de communication, énergie des personnes, valeurs et besoins, personnalités, focus, culture, histoire familiale, rôles informels, jeux de pouvoir en place, oppression systémique (sexisme, …), fantômes (jeu de séduction, personne clé absente, contexte sociétal, …) (3)
Voici la méthodologie pour transformer en complémentarité un conflit lié à une polarité, c’est à dire des visions opposées des 2 protagonistes, par exemple portées sur la planification d’un côté et sur l’improvisation de l’autre. Afficher les différences entre les 2 parties. Demander à l’une d’exprimer les inconvénients de sa polarité et les avantages de la polarité opposée à la sienne. Faire souligner les éventuels avantages et inconvénients communs aux deux polarités. Faire vivre des expériences par les individus ou les groupes de polarité différents de celles vécues habituellement. Demander aux 2 parties : « Quel pas es tu prêt à faire vers l’autre ? »
La pédagogie clandestine mise en pratique par des membres d’écolieux pour diffuser leurs idées dans leur environnement aux valeurs très différentes, méfiant et soupçonneux :
- Paraître normés, normaux, aux yeux des autres
- Créer du lien avec les invidus sexistes, racistes ou à autre ismes négatifs, avant d’échanger avec eux sur le fond.
- Trouver des points de contact par rapport à la culture locale, en s’appuyant sur ce qui existe
- Par exemple, participer aux événements locaux existant sans chercher à innover
- Adapter ses pratiques aux habitudes des locaux
- Entraider plutôt que de déclarer l’entraide
- Ne pas considérer une absence de réponse à une demande ou à un message a du dénigrement. Cela peut être simplement un mode de communication différent.
- Aborder les sujets par la pédagogie clandestine. Plutôt que de partir de l’idéologie, de vouloir immédiatement convaincre, convaincre par la pratique de la présence, en changeant petit à petit ce qui fait la conformité sociale.
- Ne pas chercher à tout normer, faire.
Construisons un projet commun
« Notre civilisation a besoin de mener 4 chantiers :
- Les transitions (avec de vraies solutions),
- La révision du système
- Une stratégie pour anticiper les points de bascule (qui ont en fait déjà commencé) pour en faire des opportunités
- Entrer en résistance
Les « écolos » sont dans les chantiers 1. La peur est indispensable pour que les gens s’engagent dans les 3 autres chantiers où il n’y a largement pas assez de personnes » (4)
« Soit nous réfléchissons maintenant, tant qu’il est temps, à ce à quoi nous pouvons renoncer, soit cela se fera dans la douleur et d’une façon subie » (4)
« Il y a un lien entre l’angoisse de la population et le déni et donc le populisme. Le remède à cette angoisse, à l’ambiance négative, c’est la beauté du collectif. » (5)
« 40% des participants à la « convention citoyenne sur la fin de vie » ont changé d’avis durant la démarche. Pour arriver à un bon fonctionnement du collectif, on a besoin de temps. Mais on peut gagner beaucoup de temps dans les processus annexes au débat » (5)
« Les êtres humains ne fonctionnent pas uniquement par la rationalité, mais ont besoin d’expérimentations. Le changement des comportements nécessite donc de faire vivre des expériences aux personnes, dans des écolieux par exemple. » (5)
« Il y a une énorme aspiration en France à vivre autrement, mais beaucoup ne savent pas comment faire ou s’estiment coincé dans leur situation. Les émotions positives étant contagieuses, nous avons à gagner à faire découvrir des pratiques comme celles des écolieux ». (5)
« Faisons de la France un écolieu » (5)
Exemple de projet radical et de bon sens qui apporte des solutions aux problèmes à la fois de logement, de désertification des campagnes, d’intégration des immigrés et d’agriculture : aider les agriculteurs africains immigrés en France qui ont le savoir-faire pour exploiter la terre dans les nouvelles conditions climatiques et avec les produits agricoles correspondants à s’installer dans nos campagnes. L’Association accueil agricole et artisanal (A4) le fait.
Soyons réalistes. « Réensauvager des territoires n’a pas de sens si les porteurs de ce projet n’intègrent pas le besoin d’alimentation des êtres humains qui vont subir des ruptures de chaîne d’approvisionnement alimentaire » (4)
« Que dire à ceux qui attendent d’être au pied du mur pour bouger : leur dire que c’est déjà trop tard ! » (4)
Coopération et transition territoriale :
- Le pouvoir reste dans les mains du politique et de l’économie. Changer la société nécessite donc de passer par eux
- Attention aux démarches menées par des néoruraux sans inclusion sociale, qui développe des clivages et donc le vote pour les extrêmes
- Chercher à inspirer ne suffit pas, cela peut marcher auprès de quelques personnes ouvertes seulement
- Exemple d’action : monter une structure avec une idée radicale et séduisante pour les pouvoirs politiques et économiques, afin de récupérer des fonds pour les utiliser pour des projets concrets touchant les populations locales : société sociale de l’alimentation, épicerie locale, pool de voitures électriques partagées, …
- Si ça ne touche pas les gens dans le quotidien, ce n’est politiquement pas intéressant
Mettons en place une gouvernance adaptée
« La verticalité du pouvoir démontre, dans l’incapacité de l’autorité à organiser des bénévoles qui se sont présentés pour aider à intervenir sur le méga feu en Gironde en 2026, son incapacité à prendre en compte la force collective du pays » (5)
« Dans la plupart des cas les lois françaises sont faites dans une logique de superficialité et de communicabilité et ne sont donc pas adaptées » (5)
Plutôt que de maintenir 2 listes aux élections municipales qui déboucherait sur la victoire d’une partie de la population au détriment de l’autre, œuvrer à la fusion des 2 listes, et aller au conflit d’une façon constructive de façon à construire une représentation de la population équitable. Principe applicable à d’autres échelon de la démocratie.
Les 4 piliers d’un projet sont la raison d’être, la gouvernance, la finance et la communication.
Pour une approche plus globale et cohérente du changement de société, voir l’article sur le Planétisme
Didier – Citoyen du Monde
Images de l’auteur du Festival des Oasis 2026
(1) : Source : livre « La Force du collectif » de Nora Guelton, Mathieu Labonne et Aurélie Sécheret, édition Terre vivante
(2) : “Cocréer Homo consciens” de Vahé Zartarian
(3) : Pour plus d’informations : https://gouvernanceintegrative.com/
(4) : Propos d’Arthur Keller
(5) : Propos de Delphine Batho