Le choc climatique de l’été 2026
Les conséquences des évènements climatiques de l’été 2026 (chaleur, sécheresse, incendies) touchent les Français dans leur corps, leur tête et leur cœur. Manque de sommeil, conditions de travail difficiles à intenables, services publics perturbés à inopérants, rejet des lieux et évènements collectifs, auto-confinement forcé, perte pour certains de leur lieu de vie et/ou de leur outil de travail, perte de production dans l’agriculture se traduisent par de la détresse, de l’irritabilité et de l’angoisse pour l’avenir (1).
Au-delà des plaintes, des recherches de solutions pour s’adapter à ce nouveau cadre de vie et des critiques des pouvoirs publics, une part importante de la population exprime « le constat qu’il ne faut plus imaginer le changement climatique comme un scénario intellectuel parmi d’autres, mais qu’il s’agit d’une révolution de nos modes de vie à laquelle rien ne nous a préparés et que tout doit se faire en même temps, dans l’urgence : travailler autrement, consommer autrement, voyager autrement, construire autrement, etc. Le temps des promesses ou des dénégations est terminé. » (1)
Il n’y a pas que le climat qui se dérègle
Cette prise de conscience du dérèglement climatique, grâce au vécu dans nos corps, notre tête et notre cœur, qui vient confirmer les prévisions de nombreux scientifiques, doit s’étendre aux autres évolutions qui remettent en cause à court ou moyen terme notre qualité de vie ou même notre survie dans notre écosystème. D’autres scientifiques nous démontrent que la perte de biodiversité, l’artificialisation des sols, les difficultés d’accès à l’eau douce, le niveau d’acidité des océans, la pollution chimique, les perturbations globales du cycle de l’azote et du phosphore sont tout aussi préoccupants que le dérèglement climatique. Ces 7 limites planétaires dépassées sont documentées et suivies par le Stockolm Resilience Centre (2).
Et ce n’est pas tout !
Ce blog depuis 2005, comme beaucoup d’autres lanceurs d’alerte, nous disent et nous répètent que notre civilisation ne fait pas que scier la branche écologique sur laquelle elle est assise. Les tendances suivantes, chacune prise indépendamment, sont aussi très préoccupantes :
• Les inégalités sociales au sein de nos sociétés (voir les travaux de Kate Raworth à ce sujet (3)).
• Les inégalités entre les nations.
• Les tensions géopolitiques.
• La montée en puissance des trafics de stupéfiants et de la criminalité.
• L’enlisement des démocraties.
• Les risques provoqués par le développement des technologies digitales, de l’intelligence artificielle (IA) en particulier (4)
• …
De plus, ces tendances s’aggravent sous l’effet des synergies entre elles, constituant de véritables cercles vicieux. Ainsi, le climatoscepticisme, cheval de bataille du populisme, contribue à plus d’émissions de gaz à effet de serre qui aggravent la crise climatique qui elle-même creuse les inégalités sociales qui alimentent le populisme.
Et nous sommes à la merci de possibles occurrences de crises simultanées : par exemple une cyberattaque sophistiquée permise par l’IA pourrait provoquer une gigantesque panne électrique (5) durant un phénomène climatique extrême aux conséquences aggravées par la perte de moyens de s’en protéger.
En conclusion, faisons de ce phénomène climatique de l’été 2026 un déclencheur ou accélérateur de prise de conscience que chacune de nos vies personnelles et nos vies collectives sont réellement en danger et que celles de nos vieux jours et de notre descendance deviendront infernales si nous n’avons pas collectivement la réaction adaptée à la polycrise en cours.
Le déni ou l’égoïsme ou les actions qui ne sont pas à la hauteur des enjeux, par approximation ou pour se donner bonne conscience, sont inacceptables !
Comment réagir à cette polycrise ?
Si le découragement ou la dépression vous envahissent, ce qui est compréhensible, l’engagement dans une action cohérente, personnelle et collective, est un remède reconnu par une majorité de professionnels de la santé mentale.
Quelle action ?
Je ne prétends pas avoir la réponse omnisciente à cette vaste et complexe question, toutefois je vais fournir ma réponse en me reposant sur les expériences et expertises suivantes. Voilà plus de 30 ans que je me pose cette question, que j’essaie et expérimente des solutions dans mes vies personnelles et professionnelles, par des engagements associatifs (6) et des activités bénévoles, que je me forme (7) que je lis (6), me documente et participe à des évènements (8) en rapport avec ce sujet. Ce blog traite ce sujet depuis 2005. Je l’ai analysé en profondeur dans mes articles « Une solution aux crises du début du 21ème siècle : le Planétisme » en 2008 (9) et « Planétisme : passer de la théorie à la mise en pratique » en 2015 (10) qui m’ont servi depuis de guide dans mes engagements. J’ai en particulier écrit et publié en Mai 2026 le livre intitulé « Manager à Impact Positif » (11).
Cet article pourrait donc s’intituler …
Planétisme 3.0
Définissons d’abord un objectif vers lequel faire tendre l’action, objectif qui va paraître utopique à bien des égards, mais qui a pour but d’apporter espoir et cohérence.
Le Planétisme dans sa 3ème version vise à établir une organisation de la société humaine reposant sur 4 piliers, renouvelés par rapport à la définition de Planétisme 2.0 (10) :
• Humanisme étendu à tout le vivant
• Economie régénérative
• Mondialisme vertueux
• Harmonisation des systèmes de valeurs
Humanisme étendu à tout le vivant
Il consiste à apprendre à s’aimer soi-même et à éprouver un sentiment de pleine communion avec tout le Vivant.
L’humanisme étendu à tout le vivant doit être appréhendé avec discernement, car appliqué à la lettre il pourrait revenir à ne plus s’alimenter. Il s’agit plutôt de vivre en pleine conscience qu’en tant qu’être humain nous faisons partie d’un ensemble constitué de tous les êtres vivants interconnectés. En prenant soin de notre environnement au sens large – nos proches, notre société, l’humanité et tout notre écosystème – nous prenons soin de nous-même et nous prenons soin de nous-mêmes en respectant profondément notre environnement. Voir à ce sujet la notion de One Health (13).
Cela se traduit par exemple dans les critères caractérisant le voyage d’agrément d’une personne de la façon suivante. Ce ne sont pas la rapidité du déplacement, la recherche d’exotisme et le narcissisme (qui poussent à la surconsommation et à la pollution), mais plutôt le plaisir de la lenteur, de la découverte et du contact humain et avec la nature.
J’ai découvert des embryions d’application de l’humanisme étendu à tout le vivant dans le monde des écolieux (14) où l’accent est mis sur « la sobriété heureuse » (définie par Pierre Rabhi), l’harmonie de la vie collective et le respect de la nature.
Economie régénérative
« L’ambition régénérative cherche à réparer les services écosystémiques qui soutiennent les conditions de vie sur Terre (cycle de l’eau, biodiversité, régulation du climat …) et à renouveler les ressources naturelles » (15). La régénération consiste à produire tout en régénérant les ressources naturelles mobilisées.
Cette nouvelle façon d’appréhender l’économie va bien au-delà de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). Un ensemble d’organismes de recherche, de formation et de conseil la développe et un nombre croissant d’entreprises orientent leurs activités vers sa mise en pratique (16).
Dans une économie régénérative, l’industrie et les services sont progressivement orientés uniquement vers les besoins correspondant aux besoins vitaux des êtres vivants. La production de produits et les services nocifs disparaissent. La fabrication d’armes est réservée au maintien de l’ordre local et international que le Planétisme devrait en rendre le besoin progressivement marginal.
Au niveau macro-économique, selon moi, l’économie régénérative repose sur une organisation des flux d’échanges les plus localisés possible, toutefois interconnectés régionalement et mondialement à minima pour assurer la résilience de l’ensemble : redondance de moyens de production névralgiques et maintien des relations internationales juste nécessaires.
Mondialisme vertueux
Il structure l’organisation des êtres humains de façon à ce qu’elle soit en harmonie avec l’ensemble des êtres vivants, du niveau local au niveau mondial, de la façon suivante :
• Structure en réseau représentant, au fur et à mesure de leur intégration dans le Vrai Mondialisme, toutes les femmes et les hommes, par le biais de leur communauté, de leur territoire et de l’entité économique pour laquelle ils travaillent, ceux-ci pouvant être confondus.
• Cellules de base de maximum 10-20 personnes, pour que tous les membres s’y connaissent bien et pour faciliter l’entraide,
• Dans la mesure du possible, organisations de maximum 200 personnes, pour que tous leurs membres s’y connaissent au moins de vue et pour faciliter l’entraide,
• Remplacement des instances actuelles de gouvernance mondiale (ONU, G20, G7, réseaux d’affaires, …) par un parlement des peuples mondial, représentant les territoires, communautés et entités économiques, indépendamment des états nations appelés à disparaître, et contrôlant un gouvernement mondial.
• Représentation des futures générations, des êtres vivants non humains et de Gaïa (17) par des personnes portes paroles de leurs besoins, siégeant d’une façon équitable à chaque niveau de la structure où cela a du sens.
• Interdiction de la professionnalisation de la politique et formation des représentants des communautés, territoires et entités économiques pour qu’ils puissent bien jouer leur rôle.
• Systèmes démocratiques à tous les niveaux, inspirés des meilleurs pratiques et adaptés à chaque culture (à condition qu’elles respectent les principes du Planétisme), par exemple rôle tournant des représentants, élus tirés au sort choisis parmi des candidats volontaires (comme dans l’Athènes antique), mandat unique, prise de décision par consentement, etc …,
• Décentralisation progressive du pouvoir, sur le modèle des monnaies locales qui se réapproprient les flux financiers locaux.
• Remplacement des lobbies partisans par des comités de citoyens formés sur les sujets à traiter (sur le modèle des conventions citoyennes).
• Traitement des problématiques de dimension mondiale par la nouvelle gouvernance mondiale, en se reposant sur des comités de citoyens et l’expertise d’organismes équivalents au GIEC.
• Disparition des pouvoirs des états nations et de leurs structures.
Nous trouvons des applications de la plupart des principes du Mondialisme vertueux dans toutes sortes d’organismes : les démocraties suisse et scandinaves, des écolieux (14), des associations, …
Voir un exemple de mise en œuvre du Mondialisme vertueux dans la courte fiction publiée dans ce blog « Attentat à Okinawa« .
Harmonisation des systèmes de valeurs
Le développement et le fonctionnement des principes d’ « Humanisme étendu à tout le vivant », d’Economie régénérative et de Mondialisme vertueux ont besoin d’un terreau fertile à des changements majeurs et pérennes.
Ce terreau fertile doit fournir la capacité :
• De comprendre nos différences de motivation et de philosophie de vie à titre individuel et les différences de contexte et de besoin de nos communautés, territoires et organismes économiques.
• De communiquer d’une façon constructive entre toutes ces entités,
• De définir et articuler les évolutions nécessaires chez chacun d’entre nous et chacune de ces organisations
• De vivre en harmonie malgré les différences dans la durée.
En tant que praticien, auteur et conférencier sur le thème de la conduite du changement dans les monde économique et associatif, j’affirme que les outils et les retours d’expérience pour mettre en œuvre les 4 principes précédents sont à notre disposition.
Les mettre en application à l’échelle mondiale est bien sûr un énorme challenge, mais qui ne tente rien n’a rien, alors tentons ! Nous sommes en pleine utopie, alors osons !
Comment passer de la civilisation humaine de 2026 au Planétisme ?
Qu’est-ce que je retiens de mes multiples observations, tentatives d’application et expérimentations de la plupart des idées présentées plus haut, en rapport avec l’affrontement de la polycrise décrite précédemment ?
Le changement de paradigme souhaité nécessite un subtil et harmonieux processus d’évolution des individus et des organisations. Le pilier « Harmonisation des systèmes de valeurs » nous apporte les solutions. Ce changement repose sur les trois principes suivants :
1. Prendre en compte quelles sont les motivations profondes et les philosophies de vie des individus, et les contextes dans lesquels évoluent les organisations et leurs besoins.
2. Accompagner leur évolution d’une façon la plus personnalisée possible.
3. Guider et articuler ces évolutions entre elles de façon à les amener pas à pas vers la mise en place de l’organisation planétaire souhaitée.
Qui va mener et coordonner ce changement et comment ?
Le changement est déjà en cours. Je fréquente beaucoup d’individus engagés à leur échelle dans une telle évolution de la société. Les bouleversements de l’été 2026 et ceux du même ordre qui sont attendus devraient agrandir cette population. Je cite dans les notes en fin d’article quelques organismes engagés parmi beaucoup d’autres dans cette voie et qui pour les mêmes raisons pourraient croître et se multiplier. Pour que ce mouvement gagne en taille et ces organismes en efficacité, il nous faut ce que je nomme des leaders à impact positif.
Un leader à impact positif inspire et embarque les individus, anime efficacement et fait performer les organismes engagés dans les transitions sociales, sociétales et écologiques. Pour y parvenir, il développe sa résilience et son efficience et il cherche à contribuer à l’avènement d’un modèle équivalent au Planétisme. Un leader à impact positif accompli fonctionne en mode tête, cœur, corps et conscience. Concrètement :
• Il a les connaissances et il maîtrise un ensemble de méthodes et d’outils adéquats (tête).
• Son mode d’intervention prend en compte ses émotions et celles des autres (cœur).
• Il est en pleine maîtrise de son corps ce qui contribue à son dynamisme.
• Et il cherche à vivre en pleine conscience de soi, des autres et de notre écosystème.
Ces notions sont développées dans mon livre « Manager à impact positif » (12).
Enfin, pour tendre vers une organisation planétaire idéale telle que le Planétisme, il faut que toutes ces évolutions des individus et des organismes se coordonnent pour qu’ils s’entraident, gagnent collectivement en influence puis prennent le leadership d’une façon pacifique.
Là, s’arrête mon expérience, je vais ne donc pas proposer de solution, mais je suggère de s’inspirer d’expériences comme la construction de la résistance française durant la 2e guerre mondiale, le développement du Mouvement Impact France qui se pose en solution alternative au Medef (18), l’émergence du christianisme dans l’empire romain ou la diffusion de bouddhisme à travers le monde, autant de mouvements transformateurs et majoritairement pacifiques s’imposant dans un environnement hostile.
Je partage un dernier retour d’expérience de mes « combats » dans le monde économique pour faire progresser les transitions sociales, sociétales et environnementales, qui concerne la notion de vitesse du changement. L’urgence des crises auxquelles nous faisons face, qui se traduit par exemple par la nécessité d’atteindre au plus tôt la neutralité carbone, pousse les acteurs du changement, moi le premier, à chercher à convaincre au plus tôt nos interlocuteurs de modifier leur comportement et leurs activités. Cela est voué en général à l’échec, au moins à court termes. Le basculement d’une personne ou d’une organisation dans la transition nécessite qu’elle soit mûre pour cela ou qu’elle il y soit contrainte et dans le 2e cas cette conversion sera fragile. L’acteur du chargement doit se contenter d’être un semeur de graines qui mûriront plus tard et dans de rares cas d’un moissonneur qui intervient au moment où le blé est mûr. Oui, la moisson survient trop tard par rapport à l’urgence, mais nous sommes globalement déjà en retard. Alors, il vaut mieux agir tardivement, efficacement et s’adapter à la situation, plutôt que de gâcher son temps et son énergie en insistant trop tôt. Il y a de nombreux combats à mener, choisissons les plus appropriés au changement souhaité.
Comment agir concrètement en tant qu’individu ?
Nos actions personnelles sont des petits ruisseaux qui alimentent les rivières et les grands fleuves et notre exemplarité fait tache d’huile.
La solution aux multiples crises écologiques viendra à la fois des individus, des entreprises, des services publics et de mouvements internationaux et donc dépend dans les 4 cas de chacun d’entre nous. Chacun de nos comportements, de nos choix de consommation, de nos votes, de nos engagements professionnels et citoyens, de nos prises de parole et de nos supports d’associations et d’ONG a une influence sur les entreprises, le monde politique et donc indirectement sur les actions publiques et la géopolitique.
Les systèmes politique et géopolitique traditionnels se dissoudront s’ils perdent leurs soutiens et si nous nous organisons pour nous passer progressivement d’eux et/ou les modifier de l’intérieur. Les trafics et le monde criminel s’affaibliront si nous maîtrisons nos addictions et si l’inégalité sociale et la fragilité mentale reculent. Le pouvoir chinois perdra en puissance et la pollution de l’usine du monde déclinera si nous réduisons drastiquement notre consommation de produits chinois. Les entreprises technologiques américaines perdront en influence sur nos comportements et l’IA sera moins envahissante si sous sortons de l’addiction à leurs produits et leurs services, souvent superflus. Le monde gazier et pétrolier qui supporte en particulier les pouvoirs américain, russe et iranien périclitera si nous réduisons aux besoins justes nécessaires nos déplacements motorisés.
Tout est lié et donc chacun d’entre nous a entre ses mains une part de la solution à la polycrise qui menace nos vies et celles de notre descendance.
Quelles est votre prochaine action pour y contribuer ?
Exprimez-vous si vous avez-vous besoin d’informations plus précises pour passer à l’action.
Diffuser cet article comme l’oiseau essaimant les graines …
Didier – Citoyen du Monde
(1) Saga de l’été 2026 – Les canicules, continuer à subir ou (enfin) anticiper ? | Ipsos
(2) Planetary boundaries – Stockholm Resilience Centre
(3) Doughnut | Kate Raworth
(4) Post « C’est décidé en 2026, je me mets à l’IA ! » sur Linkedin
(5) Comme en Espagne et au Portugal le 28 avril 2025
(6) Engagements associatifs : animateur de 19 Fresques du Climat, co-fondation et présidence de IMWI (www.imwi.io) en 2020-2025, responsabilités au sein de l’association « Convention des Entreprises pour le Climat » (www.cec-impact.org) en 2025-2026
(7) Dernière formation : « Leadership, méditation et neurosciences à l’école de Management de Strasbourg » en 2025
(8) Abonné à Futuribles, au Times et de nombreuses newsletters en rapport avec ces sujets
(9) Dernier évènement : le Festival des Oasis en août 2026
(10) Planétisme 1.0
(11) Planétisme 2.0
(12) Informations et avis de lecteurs sur le livre « Manager à Impact Positif »
(13) One Health, une seule santé | INRAE
(14) Coopérative Oasis
(15) Source : https://ofb.gouv.fr/
(16) Acteurs de l’économie régénérative : www.cec-impact.org, https://lumia-edu.fr/, https://noussommesvivants.co/, https://www.genact.org/
(17) Hypothèse Gaïa — Wikipédia
(18) Mouvement Impact France – Ensemble, changeons l’économie